À l’attention de la Commission de l’Union Africaine,
La nomination de l’Ambassadeur Mohamed Idris Farah comme Envoyé spécial auprès de Madagascar soulève une question fondamentale : de quel droit l’Union Africaine s’immisce-t-elle encore dans les affaires d’un pays qu’elle a elle-même exclu de ses rangs ?
Il n’y a pas de crise à Madagascar
Commençons par rétablir les faits : Madagascar ne traverse aucune crise politique nécessitant l’intervention d’un « spécialiste de la prévention et de résolution des conflits ». Il n’y a pas de conflit armé, pas de guerre civile, pas d’effondrement institutionnel. La vie suit son cours normal dans le pays.
Alors pourquoi dépêcher un expert en médiation et en dialogue ? Pour résoudre quel conflit exactement ? Cette nomination révèle soit une méconnaissance totale de la situation réelle sur le terrain, soit une volonté délibérée de créer une crise là où il n’en existe pas.
L’invocation d’un prétendu « retour à l’ordre constitutionnel » est tout aussi contestable. Madagascar dispose de ses propres institutions, de sa propre constitution, et de son propre peuple capable de gérer ses affaires internes.
Vous nous avez exclus : assumez votre décision
Mais le plus troublant dans cette initiative reste l’incohérence flagrante de l’Union Africaine. Le 15 octobre 2025, vous avez pris la décision souveraine de suspendre Madagascar de vos instances. Ce n’est pas Madagascar qui a claqué la porte – c’est vous qui nous l’avez fermée au nez.
Cette suspension signifie une chose très simple : depuis cette date, l’Union Africaine n’a plus aucune légitimité pour intervenir dans les affaires intérieures de Madagascar. On ne peut pas exclure un pays d’une organisation et continuer simultanément à prétendre avoir son mot à dire sur sa gouvernance.
C’est vous qui avez rompu le lien institutionnel. Assumez maintenant les conséquences de votre propre décision et cessez cette ingérence contradictoire.
L’exclusion : une libération, pas une sanction
Ce que l’Union Africaine n’a peut-être pas compris, c’est que cette suspension est perçue à Madagascar non comme une punition, mais comme une libération.
C’est l’opportunité tant attendue pour Madagascar de tracer sa propre voie, de prendre ses décisions sans tutelle extérieure, d’exercer enfin une véritable souveraineté nationale. C’est un nouveau souffle, un espace de respiration pour un pays qui aspire à l’autonomie et à l’indépendance réelle.
Pendant trop longtemps, les organisations continentales et internationales se sont comportées comme des tuteurs autoproclamés, dictant leurs visions, imposant leurs conditionnalités, et traitant les nations africaines comme des États mineurs incapables de s’autodéterminer.
Notre message est clair : laissez-nous tranquilles
Monsieur le Président de la Commission, Mesdames et Messieurs les représentants de l’Union Africaine, notre message ne pourrait être plus explicite :
Vous nous avez exclus. Nous prenons acte. Maintenant, laissez-nous gérer nos propres affaires.
Reprenez votre Envoyé spécial. Gardez vos médiateurs pour les pays qui en ont réellement besoin et qui vous ont sollicités. Madagascar n’a besoin ni de votre tutelle, ni de vos leçons de gouvernance, ni de vos émissaires.
Cette nomination est non seulement inutile et inopportune, mais elle constitue une ingérence inacceptable dans les affaires d’un État que vous avez vous-mêmes choisi de mettre à l’écart.
La cohérence la plus élémentaire exige que vous respectiez votre propre décision du 15 octobre 2025. Vous nous avez suspendus ? Très bien. Alors allez jusqu’au bout de votre logique et cessez toute intervention sur notre territoire.
Madagascar est et restera maître de son destin. Avec ou sans l’Union Africaine.






