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Le Journal de l'île Rouge
Politique

La souveraineté ne se mendie pas sous les décombres

La gazette de la grande île
12/02/20265 minute read

Deux cyclones en moins de dix jours. Des maisons arrachées. Des digues éventrées. Des routes coupées. Des familles détruites. Toute une économie régionale mise à terre. La catastrophe n’est plus un accident. Elle est un rendez-vous annuel. Et pourtant, chaque année, le pays semble surpris.

Notre État démontre une fois de plus l’échec structurel de la prévention. Notre souveraineté ne se définit pas par ses discours ni par ses cérémonies officielles. Elle se définit par sa capacité à anticiper et protéger ses citoyens. La souveraineté commence par l’anticipation. Or, où est la politique nationale cohérente de la planification de nouvelles villes côtières en retrait stratégique des fronts de mer, l’urbanisation adaptée aux réalités tropicales, les réserves stratégiques permanentes de matériaux de reconstruction, les kits d’urgence, les médicaments essentiels, les produits de première nécessité, le Fonds national autonome de réponse rapide aux catastrophes, la décentralisation logistique permettant une réponse régionale immédiate ? Trop de questions sans réponses politiques et administratives. Chaque cyclone révèle toujours la même fragilité : nous improvisons là où il fallait planifier. Notre État est toujours réactif. Il ne sera jamais stratégique. On attend le choc, les images, les chiffres des morts. Puis on active la communication. Les premières aides internationales arrivent, et la scène diplomatique se met en marche. Les remerciements publics précèdent souvent les bilans structurels. Mais une question dérangeante demeure, pourquoi un pays riche en terres rares, en minerais stratégiques, en biodiversité, en potentiel énergétique, se retrouve-t-il systématiquement dans une posture d’assistance ? La première réponse serait cette culture de la réaction, pas de la préparation.

Le problème n’est pas le cyclone, un aléa climatique que l’homme ne peut maitriser. Le problème est l’architecture politique. Un système excessivement centralisé qui ralentit la réponse locale, concentre les décisions, fragilise les collectivités territoriales, étouffe les capacités d’initiative régionale. Quand les ressources stratégiques sont captées par des réseaux d’intérêts plutôt que consolidées dans des fonds souverains ou des mécanismes d’investissement résilients, le pays devient vulnérable. La dépendance extérieure n’est pas une fatalité climatique. Elle est une construction politique. Chaque catastrophe devient toujours une séquence médiatique, une opportunité diplomatique, un levier d’image. Mais rarement un moment de refondation structurelle. On reconstruit à l’identique. On replâtre. On colmate. On ne réforme pas l’urbanisme. On ne restructure pas la logistique nationale. On ne crée pas de réserves stratégiques permanentes. Résultat : Le pays revit le même drame, chaque année. L’économie de la catastrophe servira toujours les intérêts personnels et politiques de quelques vautours pour revenir dans l’arène du populisme.

Souhaitons-nous une souveraineté réelle ? Elle n’est pas un slogan. Elle exige un fonds permanent de résilience climatique. Elle requiert des investissements dans une industrialisation locale des matériaux de construction résistants aux cyclones. Elle aspire à une armée logistique de protection civile décentralisée. Elle est la balise d’un cadastre des zones à haut risque avec interdiction stricte d’urbanisation anarchique. Elle inspire une stratégie nationale d’autosuffisance alimentaire pour éviter l’explosion des PPN après chaque choc. Sans cela, la communication remplace la gouvernance. Lorsque les cercles du pouvoir sont davantage préoccupés par la consolidation politique que par la consolidation institutionnelle, la prévention passe au second plan. La compétition pour le contrôle du « saint lieu du palais » devient plus urgente que la protection des littoraux. Pendant que les ambitions s’aiguisent, les toits s’envolent. Pendant que les stratégies électorales se dessinent, les digues cèdent. Le danger politique est l’anticipation électorale permanente avec comme socle le régionalisme.

Les sièges symboliques du pouvoir se négocient toujours dans les salles politiques, tandis que les villages négocient avec le vent. Les visites en cape blanche, les gestes compassionnels, les images d’embrassades sous les décombres ne remplacent pas une politique d’État. Un cyclone ne renverse pas un pays. L’absence de stratégie, si. Et tant que les richesses nationales ne seront pas transformées en capacités internes de résilience, tant que la prévention restera secondaire face à la communication, Madagascar apparaîtra comme un pays qui remercie sous la pluie au lieu de se préparer avant l’orage. La vraie refondation commence là : dans la logistique, dans la planification, dans la discipline institutionnelle. La souveraineté ne se proclame pas. Elle se construit avant la tempête. En attendant, toutes nos pensées aux milliers de concitoyens des régions touchées par ces cyclones, qui sont dans … le désarroi total.

 

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