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Le Journal de l'île Rouge
Société

Iarivo, la capitale abandonnée

La gazette de la grande île
15/03/20265 minute read
Le problème d'Antananarivo n’est pas seulement un problème de moyens. C’est un problème de méthode et de courage politique.

Il suffit de parcourir quelques kilomètres pour comprendre une chose simple : la capitale de Madagascar n’est plus gouvernée, elle est abandonnée. Abandonnée à l’anarchie urbaine. Abandonnée aux déchets. Abandonnée à l’insécurité. Abandonnée à l’économie informelle incontrôlée. La capitale ressemble de plus en plus à une ville livrée à elle-même, où chacun survit comme il peut dans un désordre généralisé. Et pourtant, cette situation n’est pas une fatalité. Elle est le résultat direct d’une chose : l’absence totale de vision municipale. Depuis des années, les Maires se succèdent avec des promesses vagues, des programmes improvisés et une gestion au jour le jour. Pendant ce temps, la ville s’enfonce.

Aujourd’hui, Antananarivo, la ville qui ne se gouverne plus, est confrontée à cinq crises majeures. La première est la sécurité publique. Dans certains quartiers, la nuit appartient aux voleurs, aux gangs et aux rackets. Les citoyens vivent dans la peur pendant que l’autorité municipale est invisible. La deuxième est la salubrité. Les montagnes de déchets, les canaux bouchés et les dépôts sauvages sont devenus une composante du paysage urbain. La troisième est l’anarchie urbanistique. Les remblais illégaux, les constructions sans permis et l’occupation anarchique de l’espace public transforment la ville en un chaos permanent. La quatrième est l’effondrement de l’éclairage public. Des rues entières plongent dans l’obscurité, créant des zones de criminalité et d’insécurité. Enfin, la cinquième est l’explosion de l’économie informelle non organisée, qui envahit les trottoirs, bloque les rues et transforme les centres urbains en marchés permanents. Face à ces réalités, les réponses politiques restent dramatiquement faibles.

Le problème d’Antananarivo n’est pas seulement un problème de moyens. C’est un problème de méthode et de courage politique. Depuis trop longtemps, la gestion municipale repose sur une logique simple : éviter les conflits, tolérer l’anarchie et repousser les décisions difficiles. Mais une ville ne peut pas fonctionner avec une politique de lâcheté administrative. Une capitale se gouverne. Une capitale s’organise. Une capitale impose des règles. Antananarivo a besoin d’une révolution municipale. La capitale n’a pas besoin d’un programme technocratique rempli de promesses abstraites. Elle a besoin d’une révolution municipale pragmatique, basée sur trois principes simples : ordre, citoyenneté et économie inclusive. C’est précisément ce que proposent les principes des programmes PECC et PECC’ADY. Première priorité : restaurer l’ordre urbain. Sans ordre public, aucune politique municipale n’est possible. Cela signifie : restaurer l’autorité de la police municipale, dégager les trottoirs et les axes stratégiques, mettre fin aux occupations anarchiques et sécuriser les rues avec l’éclairage et la surveillance. Une capitale ne peut pas fonctionner si chaque rue devient un territoire sans règles. Deuxième priorité : la révolution citoyenne. La transformation d’Antananarivo ne se fera pas uniquement par la répression ou les règlements. Elle doit passer par une éducation citoyenne massive. Former les jeunes. Former les commerçants. Former les habitants des quartiers. Le civisme urbain doit devenir une culture collective. C’est l’esprit même du programme PECC : l’éducation morale et citoyenne comme fondation du développement. Troisième priorité : organiser l’économie informelle. Il faut dire la vérité : l’économie informelle n’est pas un problème en soi. Elle est la conséquence de la pauvreté et de l’absence d’opportunités économiques. Mais lorsqu’elle n’est pas organisée, elle devient une source de désordre permanent. Le programme PECC’ADY propose une solution simple : identifier les acteurs informels, les former à l’éducation financière, leur donner des espaces organisés et transformer l’informel en économie productive. Cela signifie moins de chaos dans les rues et plus de richesse pour les quartiers. Miser sur le rôle stratégique des mères leaders. L’un des éléments les plus puissants du programme PECC’ADY est l’implication des mères leaders dans la transformation sociale. Dans chaque quartier, ces femmes peuvent devenir des relais de citoyenneté, des actrices de l’économie locale, des piliers de cohésion sociale. Une ville se transforme d’abord par ses communautés, et les communautés se transforment souvent par les femmes. Iarivo peut redevenir une capitale digne. Malgré le chaos actuel, Antananarivo possède encore un potentiel immense. C’est une ville : dynamique, entrepreneuriale et pleine de jeunesse et d’énergie. Mais sans vision municipale forte, ce potentiel continuera d’être gaspillé.

Le problème de la capitale n’est ni technique ni financier, c’est un vrai problème politique. Depuis des années, la gestion municipale est dominée par une logique simple : gérer les intérêts, distribuer les postes et éviter les décisions difficiles. Pendant que les élites politiques se disputent les positions, la ville s’enfonce. Or une capitale ne peut pas être gouvernée comme un terrain de négociation politique. Elle doit être dirigée avec autorité, vision et responsabilité. Si un jour Iarivo décide réellement d’appliquer un programme municipal inspiré de PECC et PECC’ADY, alors la capitale pourrait devenir ce qu’elle aurait toujours dû être : une ville organisée, citoyenne et digne. Mais pour cela, il faudra une chose que la politique malgache évite souvent : le courage de changer réellement les règles du jeu.

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