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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Refondation : sans vérité, pas d’avenir

La gazette de la grande île
29/03/20263 minute read

Dans le contexte actuel de refondation à Madagascar, une exigence s’impose : regarder notre trajectoire économique avec lucidité. Non pour rouvrir les blessures du passé, mais pour comprendre les défis présents et construire des solutions durables.

Au cours des cinquante dernières années, Madagascar a mis en œuvre des programmes d’ajustement structurel (PAS), dans un contexte de fortes contraintes économiques et d’intégration progressive dans le système international. Ces politiques, combinées à des faiblesses persistantes de la gouvernance publique, ont laissé des traces profondes.

Car les politiques d’ajustement ne sont pas neutres. À l’échelle mondiale, elles produisent des gagnants et des perdants. Aujourd’hui, force est de constater que Madagascar continue d’en subir les effets. Les réalités sont visibles : une fragilité persistante de l’État, une dépendance financière accrue, des cycles de pauvreté difficiles à rompre, et, par moments, une captation de l’action publique par des intérêts minoritaires.

Les impacts ont été multiples. Les politiques d’austérité, de libéralisation et de privatisation ont contribué à creuser les inégalités. La réduction des dépenses publiques a fragilisé des secteurs essentiels, notamment la santé et l’éducation. Certains indicateurs, en particulier en matière de santé maternelle et infantile, en ont été durablement affectés. Parallèlement, la dépendance vis-à-vis des institutions financières internationales s’est accrue, limitant notre marge de manœuvre économique.

Reconnaître ces faits ne relève ni de la polémique ni du rejet des partenariats internationaux. C’est une étape nécessaire pour engager une refondation sérieuse. La véritable question est désormais la suivante : comment éviter que ces déséquilibres et ces injustices ne se reproduisent ?

La réponse passe par une transformation en profondeur de notre approche économique. Elle suppose d’abord une réforme des institutions, afin de garantir une gouvernance plus équitable, transparente et proche des citoyens, notamment à travers une décentralisation effective. Elle exige également un renforcement de la souveraineté économique, permettant à l’État de définir et conduire ses propres politiques en fonction des réalités nationales.

Dans le même temps, il est indispensable de réinvestir dans les secteurs sociaux, en particulier la santé et l’éducation, piliers d’un développement inclusif. Enfin, Madagascar doit construire un modèle de développement plus résilient, moins dépendant des dynamiques extérieures et davantage ancré dans ses propres ressources, en valorisant notamment l’agriculture et l’élevage, qui font vivre la majorité de la population.

Oser dire la vérité, c’est affirmer une conviction simple : aucun pays ne se développe durablement sans souveraineté, aucune économie ne prospère sans équité, et aucune refondation ne réussit sans lucidité.

Madagascar a aujourd’hui l’opportunité de transformer les leçons du passé en fondations solides pour l’avenir. Encore faut-il avoir le courage de regarder la réalité en face — et la volonté collective d’agir en conséquence.

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