À Madagascar, le problème n’est plus seulement celui du développement — c’est celui du pouvoir. Un pouvoir trop souvent confisqué, détourné de sa mission première et enfermé dans des pratiques non républicaines.
Depuis des décennies, chaque crise politique suit le même schéma : une mobilisation populaire, puis une prise de contrôle par une junte militaire censée assurer la transition. Mais ces transitions n’ont jamais construit une culture du bien commun. Elles ont, au contraire, installé une habitude : celle de gouverner sans véritable légitimité républicaine.
L’armée, pilier théorique de la souveraineté nationale, s’est transformée en une corporation puissante. Surdimensionnée en hauts gradés, sous-exposée au terrain, elle fonctionne comme une élite fermée, protégeant ses intérêts. Les régimes successifs, loin de corriger cette dérive, l’ont entretenue — achetant la stabilité au prix de la compromission.
Le résultat est clair : une confusion des rôles. Sous les régimes successifs, et plus particulièrement avec la junte militaire actuelle, des militaires sont à la tête de ministères, d’entreprises publiques et de régions — partout où se concentrent pouvoir et ressources. L’État devient un système de rente. La mission de service public disparaît derrière les privilèges.
Dans ces conditions, parler de République relève presque de la fiction. Les institutions de sécurité elles-mêmes, mal coordonnées et soumises à des logiques corporatistes, peinent à remplir leur rôle. Pendant ce temps, la population s’enfonce dans la pauvreté et l’insécurité, abandonnée par ceux qui devraient la protéger.
Et pourtant, les Malgaches espèrent. Ils attendent une véritable refondation — non pas dans les discours, mais dans des actes concrets, cohérents et courageux, orientés vers l’intérêt général. Pas une refondation de façade, ni un slogan politique de plus, mais un changement réel dans la manière de gouverner.
La vérité est brutale : sans une rupture avec cette culture du pouvoir capturé, aucun développement durable n’est possible.
Madagascar n’a pas besoin d’une énième transition.
Madagascar n’a pas seulement besoin de réformes techniques ou de changements de dirigeants. Le pays a besoin d’une refondation éthique et civique. Il a besoin de femmes et d’hommes capables d’écouter, de comprendre et de construire avec la population, et non à sa place. Des dirigeants qui incarnent un patriotisme authentique, fondé sur la responsabilité, l’intégrité et la vision.
Sans cela, la République restera un mot. Pas une réalité.





