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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Fokontany sous tutelle : le choix du contrôle contre le peuple . Est-ce encore une refondation… ou un retour en arrière ?

La gazette de la grande île
12/04/20263 minute read

Une refondation authentique ne se décrète pas. Elle se construit avec le peuple, ou elle échoue.

À Fianarantsoa recemment, le Colonel Michaël Randrianirina, Président de la Refondation de la Republique de Madagascar, a annoncé que les chefs de Fokontany ne seront pas élus, mais nommés ( une pratique des regimes passé). Un simple arrêté suffira pour décider, à la place des citoyens, qui doit les représenter. Ce choix n’est pas technique. Il est politique.

Et il dit une chose simple : la confiance dans le peuple recule, le besoin de contrôle avance.

Fait il rappeller que le Fokontany n’est pas un détail administratif. Il est le premier espace de souveraineté populaire à Madagascar. C’est là que les citoyens s’organisent, débattent, décident. C’est là que la République existe réellement.

Supprimer l’élection à ce niveau, c’est retirer au peuple sa capacité à choisir ses propres relais. C’est transformer un représentant en exécutant. Un chef de Fokontany nommé ne représente plus : il applique. Et cela change tout.

Car derrière la nomination, il y a une logique : celle de la loyauté verticale. On ne sert plus une communauté, on sert une hiérarchie. On ne rend plus des comptes aux habitants, mais à l’autorité qui vous a désigné. C’est la monarchie administrative.

En plus sans élection locale, il n’y a pas de décentralisation. Sans décentralisation, il n’y a plus d’équilibre. Il ne reste qu’un pouvoir central qui descend, impose et verrouille. Ce n’est plus une République vivante. C’est la monarchie administrative .

Est-ce cela, la refondation ?

L’histoire nous a déjà prévenus. Chaque fois que le pouvoir a voulu contrôler la base en nommant ses relais, il a affaibli la légitimité, détruit la confiance et éloigné les citoyens. Gouverner sans le peuple n’a jamais produit de stabilité durable.

Car la réalité malgache est plus forte que les décrets. Elle repose sur des fondations anciennes et vivantes : le dina, l’entraide, la parole collective. Ce sont ces mécanismes qui tiennent les communautés debout dans la paix pas les nominations administratives. 

Ignorer cela, c’est gouverner à côté du pays réel.

On ne refonde pas une nation en continuant à étouffer sa base. On ne renforce pas l’État en affaiblissant le lien entre les citoyens et leurs représentants. On ne construit pas l’avenir en réactivant des réflexes de contrôle venus d’en haut herite de la periode de colonization.

Ce qui est en jeu dépasse le Fokontany.

C’est une certaine idée de la République qui vacille : une République où le pouvoir part du peuple, ou une République où il lui est confisqué.

Le choix est désormais clair. Et il engage l’avenir de Madagascar.

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