Beaucoup concentrent aujourd’hui le débat national sur la forme de l’État : République unitaire ou République fédérale. Pourtant, la question fondamentale est ailleurs.
Un État unitaire inefficace ne développera pas le pays. Mais un système fédéral sans culture de résultats ne le développera pas davantage.
Le vrai défi de Madagascar est plus profond : transformer un système administratif et politique qui fonctionne principalement pour sa propre survie, au lieu de fonctionner pour l’ensemble de la nation.
Tant qu’une partie non négligeable des fonctionnaires (civils et militaires, détenteurs de postes de responsabilité) et des autorités politiques — environ 200000 fonctionnaires sur plus de 30 millions de Malgaches — considéreront que “le pays fonctionne” simplement parce que leurs salaires tombent chaque mois et que les charges courantes de l’État sont assurées, sans obligation réelle de résultats, Madagascar restera prisonnier de la pauvreté structurelle.
Le vrai problème n’est plus seulement le manque d’argent. Le vrai problème est un système administratif qui survit sans performance, sans responsabilité et sans transformation.
Depuis des années, Madagascar reçoit des aides budgétaires. Elles servent principalement à maintenir l’appareil administratif en état de marche :
- payer les salaires ;
- couvrir les déficits ;
- financer les dépenses courantes ;
- éviter l’effondrement immédiat — comme aiment le communiquer les détenteurs du pouvoir.
Mais où sont les résultats visibles pour la majorité des Malgaches ?
- Où est l’industrialisation ?
- Où sont les emplois massifs ?
- Où est la souveraineté alimentaire ?
- Où sont les infrastructures dignes d’un pays moderne ?
- Où est l’école publique capable de former une génération compétitive ?
- Où est l’administration au service de la création de richesse ?
La réalité est brutale : le système actuel protège davantage les statuts administratifs que l’intérêt général.
Pratiquement tous les corps professionnels de la fonction publique — civils comme militaires — au sein de l’administration malgache sont devenus des structures de défense corporatiste :
- défense des avantages ;
- défense des privilèges ;
- défense des équilibres internes ;
- résistance aux réformes profondes.
Très peu défendent réellement la performance publique ou l’efficacité économique nationale.
Pendant ce temps, la majorité silencieuse des Malgaches :
- survit dans l’informel ;
- manque d’accès aux services essentiels ;
- vit sans sécurité économique ;
- regarde un État incapable de produire un développement concret.
Un pays ne se développe pas parce que l’administration reçoit des financements. Un pays se développe lorsque l’administration produit des résultats mesurables pour sa population.
Or aujourd’hui, l’aide budgétaire entretient souvent une illusion de stabilité : l’État continue de fonctionner administrativement, mais la nation, elle, ne progresse pas suffisamment. Elle piétine !
Le danger est là : un système financé sans exigence forte de résultats est un système de rente et finit toujours par créer :
- dépendance ;
- immobilisme ;
- absence de responsabilité ;
- culture de gestion plutôt que culture de transformation.
Madagascar a besoin d’une refondation profonde de son administration publique.
Une réforme courageuse doit poser des questions que beaucoup évitent :
- pourquoi l’État existe-t-il ?
- pour protéger des statuts ou pour transformer la vie collective ?
- pour gérer la pauvreté ou pour créer la richesse ?
- pour maintenir un système ou pour bâtir une nation forte ?
L’administration doit devenir :
- plus légère ;
- plus compétente ;
- plus orientée vers les résultats ;
- évaluée publiquement ;
- au service de la production, de la création de richesse, de l’investissement et du développement territorial.
Les aides extérieures ne devraient jamais servir uniquement à faire survivre un système corrompu, fonctionnant à l’encontre du bien commun. Elles devraient servir à construire l’autonomie économique du pays.
Car un État qui dépend durablement de financements extérieurs pour payer ses charges courantes n’est pas un État souverain dans sa capacité d’action.
Madagascar ne manque ni de ressources, ni de talents, ni d’énergie humaine.
Ce qui manque encore, c’est une volonté politique de rompre avec un modèle administratif qui protège sa propre survie avant de protéger l’avenir collectif.
La vraie refondation ne commencera pas par le choix entre République unitaire ou fédérale. Elle commencera le jour où l’État malgache sera enfin évalué non sur sa capacité à se maintenir, mais sur sa capacité à transformer concrètement la vie des 30 millions de Malgaches.





