La Cour des comptes a jeté un pavé dans la mare avec ce chiffre abyssal : 3,811 milliards d’Ariary de fonds publics détournés sous le règne autoritaire d’Andry Rajoelina. Si le système mis en place depuis le coup d’Etat de 2009 a excellé dans l’art de siphonner les caisses de l’État sans éveiller les soupçons, c’est qu’il reposait sur une machination bien huilée. Ministères, députés, collectivités territoriales : chaque rouage a été pensé pour faciliter les flux occultes.
Mais derrière cette vaste entreprise de pillage, une pièce maîtresse a rendu le tout possible. Une stratège, une tête pensante sans qui rien de cette ingénierie financière n’aurait pu voir le jour : Rindra Hasimbelo.
Le Cerveau au Service du Siphonnage
Ministre de l’Économie et des Finances d’août 2021 à octobre 2025, elle a mené d’une main de maître les négociations avec les grands bailleurs internationaux, du FMI (pour la FEC et le FRD) à la Banque mondiale, en passant par la BAD. Personne ne contestera son intellect : brillante, formée aux arcanes des finances publiques et des marchés internationaux, elle maîtrise son sujet à la perfection.
Là réside le véritable drame pour Madagascar. Ce talent rare, cette intelligence redoutable, n’ont pas été mis au service du développement, mais de la dissimulation.
- L’art du camouflage légal : Grâce à sa maîtrise technique, elle a réussi le tour de force de faire passer des détournements massifs pour des dépenses publiques tout à fait ordinaires.
- Le financement du superflu : Téléphérique, autoroute, « Miami », EPP Mora, stades Manarapenitra et Barea… Derrière ces projets pharaoniques aux coûts faramineux et à l’utilité souvent discutable, c’est elle qui tenait les cordons de la bourse et validait les décaissements.
- L’engrenage de la dette : En architecte des finances, elle a su pactiser avec les institutions internationales tout en plongeant le pays dans une spirale d’endettement colossale, impossible à rembourser pour les générations futures.
La machine administrative s’est transformée sous sa coupe en un guichet automatique pour les proches du pouvoir. Les marchés octroyés à des figures sulfureuses comme Mamy Ravatomanga, les juteux contrats de l’entreprise Magic de Hery Rasoamaromaka, ou encore les décaissements liés au Lake Village Ivato : tout passait par son aval technique, blanchi par sa connaissance experte des règles budgétaires.
Andry Rajoelina a fourni l’impulsion politique et l’autoritarisme, mais Rindra Hasimbelo a fourni la méthode. Elle est restée l’une des rares figures de l’exécutif à posséder la vision globale nécessaire pour légitimer légalement l’illégitime.
« Un pays ne se détruit pas seulement par la violence ou l’incompétence ; il s’effondre lorsque les plus brillants de ses technocrates mettent leur génie au service du pillage organisé. »






