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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Refondation de Madagascar : ne transformons pas la souveraineté alimentaire en dépendance semencière.

La gazette de la grande île
25/09/2026•4 minute read

La souveraineté alimentaire ne se mesure pas seulement à la quantité de riz produite, mais aussi à la capacité de Madagascar à maîtriser ses semences, sa recherche, ses coûts et ses risques phytosanitaires.

Beaucoup de discussions ont eu lieu dans les salons, à travers les réseaux sociaux ou dans les colonnes des quotidiens, autour du choix des semences hybrides de riz.

Dans le contexte actuel de Madagascar, l’urgence d’augmenter la production rizicole est parfaitement compréhensible. Le riz hybride peut, dans certaines conditions, permettre des rendements élevés. Mais une politique agricole nationale ne devrait pas être évaluée uniquement à l’aune des tonnes produites à l’hectare.

La vraie question est : quelle dépendance créons-nous pour demain ?

La question du riz dépasse largement celle d’une simple culture agricole. À Madagascar, le riz est à la fois une question de sécurité alimentaire, de pouvoir d’achat, de revenus ruraux, de stabilité sociale et, au fond, de souveraineté nationale.

Dans ce contexte, toute initiative permettant d’augmenter rapidement la production mérite d’être examinée avec attention. Le riz hybride peut offrir des rendements élevés dans certaines conditions. Il serait donc excessif de rejeter cette technologie par principe.

Mais la véritable question que devrait poser la refondation de Madagascar est plus profonde :

Quelle agriculture voulons-nous transmettre aux générations futures ?

Une agriculture capable de produire davantage, certes. Mais surtout une agriculture dont Madagascar maîtrise progressivement les semences, la recherche, les connaissances, les coûts et les risques.

Produire davantage, oui. Devenir dépendant, non.

Le riz hybride présente une particularité fondamentale : l’agriculteur ne peut généralement pas conserver une partie de sa récolte pour retrouver, l’année suivante, les mêmes performances agronomiques. L’effet recherché de l’hybridation est principalement présent sur la première génération.

Des riziculteurs malgaches ont déjà souligné cette difficulté : avec le riz hybride, les semences doivent généralement être renouvelées à chaque campagne, ce qui peut représenter une charge importante pour les exploitations.

L’expérience de 2025 doit nous servir de leçon

Le rapport d’audit de la Cour des comptes consacré au ministère de l’Agriculture et de l’Élevage et au Secrétariat d’État chargé de la souveraineté alimentaire fait état de l’acquisition de 200 tonnes de semences de riz hybride pour un montant de 6 milliards d’ariary. Le rapport relève également des problèmes liés aux procédures d’acquisition et au contrôle phytosanitaire.

Selon les éléments rapportés à partir de cet audit, 120,5 tonnes avaient été distribuées, alors que des analyses avaient mis en évidence une contamination par un agent phytosanitaire sur des échantillons. La Cour des comptes a notamment relevé que la distribution avait commencé avant que tous les résultats d’analyse ne soient disponibles.

À entendre les informations relatives a cette semence hybride, Madagascar pourrait augmenter sa production de riz, mais au risque de devenir plus dépendant d’un fournisseur, ou d’un nombre limité de fournisseurs, pour ses semences, ses engrais, ses produits phytosanitaires ou certaines technologies.

Dans ce cas, les tonnes produites augmenteraient peut-être, mais la dépendance pourrait également augmenter.

Dans vingt ans, voulons-nous que le paysan malgache soit simplement un acheteur de semences, ou voulons-nous qu’il soit au cœur d’un système semencier dont Madagascar maîtrise progressivement les compétences, la recherche et la production ?

Dans le cadre de la refondation, notre objectif devrait être que, dans dix ou vingt ans, Madagascar soit capable de choisir, de produire, d’améliorer et de contrôler ses propres semences. Certes, il faut répondre aux urgences d’aujourd’hui sans sacrifier les intérêts des générations de demain.

C’est l’exigence d’une véritable souveraineté alimentaire. 

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