L’affaire concernant la sortie de la prison de 11 ressortissants chinois, initialement incarcérés à la Maison centrale d’Avaradrano avant leur transfert présumé vers celle d’Antanimora , met en lumière d’importantes zones d’ombre réglementaires et administratives. Les investigations menées par les autorités judiciaires et le ministère de la Justice révèlent plusieurs anomalies dans le déroulement de la procédure de transfert, permettant de retracer chronologiquement les manquements relevés.
Absence de validation hiérarchique et réglementaire
Selon les précisions communiquées par les autorités compétentes, les transferts s’appuyaient théoriquement sur des décisions administratives (notamment les notes n°193-MJ/SG/DGAP/DAP-26CF et n°195-MJ/SG/DGAP/DAP-26CF). Néanmoins, l’analyse de la procédure indique que le cadre légal régissant le transfert des détenus fixé par le décret n°2006-015 du 17 janvier 2006, n’aurait pas été observé.
En principe, toute opération de transfert requiert une étude préalable, un circuit de validation impliquant les structures compétentes de l’administration pénitentiaire, ainsi qu’un compte rendu détaillé adressé au ministère de la Justice. Or, les investigations ont mis en évidence qu’aucune demande formelle n’avait été signalée ni au niveau de la Direction régionale de l’administration pénitentiaire (DRAP) ni auprès de la Direction générale de l’administration pénitentiaire (DGAP).
Des opérations d’admission et de sortie caractérisées par une célérité anormale
Les rapports administratifs mettent en relief les conditions pour le moins inhabituelles dans lesquelles les détenus ont transité par l’établissement d’accueil d’Antanimora lors de ces opérations :
Premier groupe (5 détenus) : Arrivée enregistrée le 21 août 2026 à 19 h 10, suivie d’une sortie à 20 h 00, soit un temps de présence de seulement 50 minutes.
Second groupe (6 détenus) : Admission enregistrée le 25 août 2026 à 9 h 38, suivie d’une libération à 10 h 10, soit une durée de 32 minutes.
D’après les constats du ministère de la Justice, aucun document justificatif émanant des autorités judiciaires ou de la hiérarchie pénitentiaire n’autorisait la libération des individus concernés au terme de ces transferts éclairs.
Les suites judiciaires et administratives
Face au non-respect des circuits réglementaires et à l’inexistence des pièces justificatives indispensables pour valider de telles sorties, l’enquête a conduit le parquet à placer plusieurs hauts responsables en détention préventive, parmi lesquels le directeur de l’administration pénitentiaire (DAP), le chef d’établissement de la prison d’Avaradrano et le chef de poste d’Antanimora. D’autres personnes soupçonnées d’avoir facilité ou participé à l’exécution de ces opérations font l’objet de mandats ou de contrôles judiciaires, tandis que les investigations se poursuivent pour faire toute la lumière sur les défaillances des mécanismes de contrôle interne.





