Le verdict est tombé fin 2025 avec la chute du régime d’Andry Rajoelina et l’incarcération de son tout-puissant bailleur de fonds, Mamy Ravatomanga. Pourtant, dans les couloirs des tribunaux malgaches, la bataille se poursuit. Face à Lola Rasoamaharo, enfin libéré après un emprisonnement arbitraire, Brigitte Razaka abat ses dernières cartes : sa fortune colossale et sa prétendue immunité diplomatique. Une stratégie de l’achat, de l’usure et des passe-droit qui expose au grand jour les pires travers d’une justice menacée par la vénalité.
En 2023, l’aveu était tombé comme un couperet, prononcé sans fard en public : « Même si je dois dépenser toute ma fortune, je ferais tout pour garder Lola Rasoamaharo en prison et qu’il ne puisse jamais me battre en justice. »
À cette époque, le système lui offrait un boulevard. Avec Mamy Ravatomanga, grand argentier du régime qui exerçait une emprise totale sur le Tribunal de première instance, et Andry Rajoelina au sommet de l’État, la machine répressive avait brodé un motif de toutes pièces pour incarcérer le patron de La Gazette de la Grande Île et bâillonner son journal.
Mais la roue a tourné. Fin 2025, le château de cartes s’est effondré. Le régime Rajoelina est déchu, Ravatomanga croupit en prison à l’île Maurice, et l’ancien président erre entre la France et le Moyen-Orient. Une véritable justice a immédiatement cassé les verrous pour libérer Lola Rasoamaharo, qui a aussitôt riposté en portant plainte.
L’aveu de culpabilité par l’argent
Face au retour de bâton légal, Brigitte Razaka n’a pas changé de logiciel. Elle a réitéré sa promesse initiale : jeter toute sa fortune dans la balance pour ne pas perdre la face.
Mais que signifie réellement « y laisser sa fortune » dans une arène judiciaire ? En décodant la formule, la vérité saute aux yeux : dans un procès, la partie qui veut à tout prix payer la justice est celle qui a tort. C’est l’ultime recours de celui qui sait pertinemment que le droit, le fond du dossier et la vérité factuelle ne pencheront jamais en sa faveur. Quand on ne peut pas gagner par les faits, on achète le temps et les hommes.
Le bouclier du passeport diplomatique
À cette stratégie financière s’ajoute une arme non moins redoutable qu’elle ne cesse de brandir : son statut d’épouse de Michele Franchi, consul honoraire d’Italie à Madagascar. Brigitte Razaka clame haut et fort détenir une immunité diplomatique qui lui conférerait un champ libre total. Un sésame autoproclamé qu’elle utiliserait pour faire pression, corrompre en toute impunité et s’offrir des va-et-vient incessants entre Madagascar et l’étranger à l’abri de la moindre fouille douanière.
Un privilège consulaire que les enquêtes officieuses soupçonnent d’avoir largement servi par le passé à transporter discrètement des « marchandises » pour le compte de son mentor, Mamy Ravatomanga. Une connivence mafieuse que l’on retrouve dans l’origine de sa fortune : blanchisseuse d’argent sale attitrée du magnat, elle avait également raflé le marché pharaonique des « Trano Mora » une cité fantôme de plusieurs dizaines d’immeubles dont les fonds publics ont été engloutis sous Rajoelina sans qu’un seul bâtiment ne sorte jamais de terre.
Plus de cinq renvois : la stratégie de l’usure
Jusqu’ici, cette double tactique de l’argent et des pressions a fonctionné. En actionnant ses leviers, Brigitte Razaka a déjà obtenu plus de cinq renvois. Chaque report est une victoire par KO pour l’accusée, qui espère user son adversaire sur la durée en pesant sur le personnel du tribunal.
De son côté, Lola Rasoamaharo ne cède pas à la panique. Il attend. Il sait que face à une fortune colossale et à des passe-droits diplomatiques agités comme des épouvantails, la partie est inégale. Mais il sait aussi qu’un système corrompu finit par s’asphyxier.
Alors, l’opinion publique observe. La bataille de Brigitte Razaka ne porte plus sur son innocence, mais sur les millions qu’elle est prête à brûler et les pressions qu’elle peut encore exercer. Une épreuve de force où l’argent et les privilèges affrontent la montre, en attendant que la justice malgache, enfin guérie de ses parrains en fuite, ose dire le droit jusqu’au bout.





