Madagascar est sur le point de commettre une double faute historique. D’un côté, la vente secrète de plusieurs Boeing à l’Iran, pays sous sanctions, exclu du système SWIFT, et considéré comme ennemi stratégique par les États-Unis. De l’autre, des provocations diplomatiques à l’encontre de l’Union européenne, principal partenaire économique du pays. Cette séquence explosive pourrait sceller la fin d’une ère d’ouverture commerciale et plonger l’économie malgache dans un isolement aux conséquences potentiellement catastrophiques.
Le 30 septembre 2025, Washington décidera si Madagascar conserve ou perd l’accès à l’AGOA. Si ce régime saute, des centaines de millions de dollars d’exportations disparaîtront immédiatement. Les signaux sont déjà au rouge. La Maison-Blanche observe. Le Congrès s’agace. Et l’affaire iranienne dépasse une ligne rouge que peu de pays osent franchir sans conséquences.
Pendant ce temps, à Antananarivo, le ministère des Affaires étrangères convoque l’ambassadeur de l’Union européenne. L’Union représente près d’un quart du commerce extérieur malgache. Elle agit comme client, bailleur, investisseur et garant d’accès préférentiel au marché. Ce rôle est central. Fragiliser cette relation revient à fragiliser les bases mêmes du commerce extérieur.
La diplomatie au service de l’économie suppose une priorité claire : consulter le secteur privé. Les entreprises qui exportent vers l’Europe, les investisseurs étrangers, les logisticiens, les producteurs locaux doivent être entendus. C’est leur stabilité qui est en jeu. Ce sont leurs débouchés que l’on met en péril. Ce sont leurs emplois que l’on expose à des représailles politiques.
Quant à la Chine, le déséquilibre est manifeste. Madagascar importe des produits de consommation à bas coût et exporte des matières premières. Les flux se font sans contrôle clair, sans transfert de savoir-faire, sans consolidation industrielle. Aucun développement structuré ne résulte de cette relation. La Chine achète à court terme. Elle ne construit rien de durable.
Si l’AGOA disparaît et si Bruxelles décide de se retirer, Madagascar perd ses deux seules plaques d’ancrage dans le commerce mondial. Les entreprises fermeront. Les devises s’évaporeront. L’État deviendra incapable de financer ses dépenses courantes. Dans un monde déjà fragmenté, aucune puissance ne tendra la main à un pays qui aura rompu ses propres équilibres par orgueil mal placé.
Le péril n’est pas théorique. Il est engagé.





